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L’Autriche espère que la construction d’un pont de pierre de 230 km de long servira d’axe de survie entre les deux continents

Image générée par ordinateur montrant le projet du Centre pour la beauté politique visant à construire un pont de 230 kilomètres entre l’Afrique et l’Europe (Centre pour la beauté politique)
Mersiha Gadzo's picture

Alors que la Hongrie a répondu à la crise des réfugiés en érigeant des barbelés le long de sa frontière de 530 km avec la Croatie et la Serbie, l’Autriche a proposé une autre idée : construire un pont de 230 km entre l’Afrique et l’Europe.

Initié par Christian Konrad, coordonnateur autrichien pour les réfugiés nouvellement élu, ce pont de pierre relierait les villes côtières d’el-Haouaria (Tunisie) à Agrigente (Sicile) dans le but de sauver des vies et de réduire le trafic d’êtres humains. Le projet comprend également l’installation de 1 000 plates-formes de sauvetage dès que possible à travers la mer Méditerranée.

(Image reproduite avec l’aimable autorisation du Centre pour la beauté politique)

Plus de 3 250 réfugiés se sont noyés cette année en essayant d’atteindre l’Europe, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations. Un nombre record de 710 000 réfugiés ont atteint les côtes européennes en bateau depuis le début de l’année.

Konrad a soumis la proposition de projet fin septembre au Fonds pour la sécurité intérieure de l’Union européenne en tant que révision du plan national du gouvernement autrichien. Ce projet au budget estimé à 230 milliards d’euros pourrait être le plus grand plan de relance économique de l’histoire de l’UE.

La construction du pont, baptisé Jean Monnet, du nom du père fondateur de l’UE, débuterait en 2017 sur les deux continents et serait achevée d’ici 2030. Ce pont serait ouvert à tous, touristes et habitants locaux.

Le 4 octobre, le Centre pour la beauté politique basé à Berlin, qui dirige le projet, a installé la première plate-forme de sauvetage, « Aylan 1 » (6 x 6 m), dans les eaux internationales méditerranéennes. Les plates-formes sont équipées de gilets de sauvetage, de feux de navigation, de réserves de nourriture, d’un dispositif d’appel d’urgence, de modules photovoltaïques, d’un mât, d’une caméra et de deux ancres.

Les membres du Centre pour la beauté politique parviennent à installer leur première plate-forme de sauvetage, « Aylan 1 », dans les eaux méditerranéennes internationales, le 4 octobre (Nick Jaussi)

En appuyant sur le bouton d’urgence installé sur la plate-forme, une alerte est envoyée aux services de secours locaux et au Centre pour la beauté politique, avec les coordonnées géographiques.

Le groupe a recueilli des fonds pour Aylan 1 à l’aide d’Indiegogo. Dès le premier jour, le groupe a atteint près de la moitié de son objectif, fixé à 19 600 euros.

Le défi consiste désormais à convaincre les 27 autres États membres de l’UE que son projet est une bonne idée. Après avoir installé Aylan 1, le groupe se tourne maintenant vers l’UE pour qu’elle finance le reste. Rien n’indique encore quand une décision sera prise.

« Nous voulons montrer avec ceci que c’est beaucoup plus facile que ce qu’ils nous disent toujours », a expliqué Frida Bauman, membre du Centre pour la beauté politique.

« [Nous voulons montrer que] certains peuvent tout simplement y aller et commencer déjà à faire quelque chose au lieu de rester assis là à ne rien faire. Nous attendons une réponse et nous espérons que notre action, aussi petite soit-elle, a eu un effet positif et les a amenés à réfléchir et à agir d’une manière ou d’une autre. »

« La politique de l’Union européenne ne prend aucunement en compte l’aspect humain. La politique ne vise pas à aider les gens […] mais est plutôt basée sur les intérêts individuels », a soutenu Bauman.

La construction d’Aylan 1 a duré environ six semaines et une douzaine de personnes ont participé au projet.

Le nombre d’arrivées par voie maritime dans les neuf premiers mois de 2015 est plus de deux fois supérieur au nombre d’arrivées pour l’ensemble de l’année 2014, selon Frontex, l’agence de surveillance des frontières de l’UE.

(Infographie reproduite avec l’aimable autorisation du Missing Migrants Project)

Un demandeur d’asile sur quatre est un enfant. Environ 133 000 enfants ont demandé l’asile dans l’UE entre janvier et juillet 2015, soit en moyenne 19 000 enfants chaque mois, selon les données d’Eurostat.

Alors que la traversée de réfugiés et de migrants depuis l’Afrique du Nord est traditionnellement plus répandue, on a observé cette année une forte augmentation du nombre de personnes passant par la route des Balkans occidentaux, en prenant des bateaux depuis la Turquie vers la Grèce avant de se diriger vers le nord en traversant les Balkans dans l’espoir d’atteindre l’Europe du Nord.

Plus tôt ce mois-ci, à la frontière serbo-croate, la plupart des réfugiés nouvellement arrivés avaient le sourire et le moral lorsque les volontaires internationaux leur remettaient de la nourriture et des vêtements. Se montrant reconnaissants d’être arrivés aussi loin, ils ont toutefois fait part de leur préoccupation au sujet des enfants qui participent à la périlleuse traversée de la mer.

« Le voyage de la Turquie à la Grèce a été l’un des voyages les plus dangereux que nous ayons jamais vécus », a confié Saïd Elfawal, un étudiant de 24 ans originaire d’Hassaké, en Syrie.

« J’aimerais que le monde puisse contribuer à rendre cette route moins difficile. Beaucoup de Syriens et d’enfants se noient en mer. J’aimerais de tout cœur qu’ils puissent trouver une solution à cela. »

(Image reproduite avec l’aimable autorisation du Centre pour la beauté politique)

Noures Yassin, un ancien propriétaire d’épicerie originaire de la ville syrienne de Raqqa, arrivé au camp de réfugiés d’Opatovac (Croatie) avec son épouse, son bébé et sa jeune fille, a partagé ce sentiment.

« Entre Izmir et la Grèce, nous étions dans un canot. C’était le chemin de la mort, a-t-il raconté. Nous avons passé cinq heures en mer. Personne n’est mort mais les gens étaient terrorisés. Les femmes et les enfants hurlaient. Il y avait d’énormes vagues. »

Alors que l’UE a été fondée sur l’idée d’une suppression des frontières, la crise des réfugiés qui sévit actuellement met ses idéaux à dure épreuve.

La Turquie, la Grèce, la Bulgarie, la Macédoine et la Hongrie ont érigé des barrières le long d’une partie de leurs frontières afin d’arrêter l’afflux de réfugiés.

Le mois dernier, la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie ont rejeté le système de quota obligatoire qui distribuerait 120 000 réfugiés entre les 28 pays de l’UE en fonction de la population, du PIB et du taux de chômage de chaque pays.

Certains pays d’Europe centrale ont annoncé expressément que les réfugiés musulmans n’étaient pas les bienvenus. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a soutenu que l’afflux de réfugiés musulmans constitue une menace pour l’Europe chrétienne. De même, la Slovaquie a annoncé qu’elle n’accepterait que les réfugiés chrétiens.

« Si vous regardez les statistiques en Allemagne, il y a eu 500 attaques contre des logements de réfugiés au cours des deux dernières années », a déclaré Bauman. « Il n’y a pas eu en Allemagne la moindre attaque ‘’terroriste islamique’’, comme ils disent. C’est probablement des radicaux de droite qu’ils devraient avoir peur, et non des islamistes. »

Les artistes du Centre pour la beauté politique ont organisé de nombreuses actions atypiques par le passé.

En juin dernier, après avoir exhumé des fosses communes en Grèce et en Italie et transporté des centaines de corps à Berlin, ils ont organisé des enterrements et des funérailles pour les réfugiés du Moyen-Orient et d’Afrique qui ne sont pas parvenus à arriver en vie en Allemagne, tout cela dans le but de contribuer à renverser la tendance politique en Europe.

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